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Psychologue du sport et préparateur mental : faut-il avoir été sportif de haut niveau ?

Manuel Dupuis, psychologue du sport et préparateur mental

L’expérience personnelle de la compétition est-elle un avantage pour accompagner les sportifs ? Réflexions sur la psychologie du sport, la préparation mentale et la relation de confiance.

Depuis 2003, j’accompagne des sportifs en tant que psychologue du sport et préparateur mental. Je suis également psychologue clinicien de formation. Au cours de mon parcours professionnel, j’ai eu l’occasion de travailler avec des sportifs de différents niveaux et dans de nombreuses disciplines, notamment dans le sport de haut niveau.

Une question revient régulièrement lorsqu’on s’intéresse à la psychologie du sport : faut-il avoir soi-même pratiqué le sport de haut niveau pour accompagner efficacement des sportifs de compétition ?

Pour ma part, j’ai pratiqué le tennis de table à très haut niveau dans les catégories de jeunes, notamment sur la scène internationale. Vers l’âge de 15 ans, une blessure qui m’a éloigné de la compétition pendant près d’un an a cependant bouleversé mon parcours. J’ai progressivement dû accepter que je ne pourrais probablement pas atteindre les objectifs sportifs que je m’étais fixés.

J’ai continué à pratiquer le tennis de table à un bon niveau, notamment en Superdivision belge, mais avec des ambitions différentes. J’ai choisi de privilégier mes études de psychologie, tout en conservant une place importante pour le sport, sans en faire ma priorité professionnelle.

Une deuxième blessure m’a finalement amené à arrêter la compétition. J’ai tenté à plusieurs reprises de reprendre, mais il m’a fallu du temps pour accepter de tourner cette page.

Aujourd’hui, le sport occupe toujours une place essentielle dans mon équilibre personnel. Je pratique une activité physique environ cinq fois par semaine, principalement du jogging, du fitness et du sport de détente, avec une approche davantage orientée vers le plaisir, la santé et le bien-être.

Ce parcours m’a permis de connaître les exigences de la compétition, mais aussi les conséquences psychologiques des blessures, la frustration de devoir revoir ses ambitions et la difficulté de renoncer à certains projets sportifs.

Certains athlètes accordent beaucoup d’importance au passé sportif de leur psychologue ou de leur préparateur mental. Ils souhaitent parfois être accompagnés par quelqu’un qui a personnellement connu les entraînements intensifs, les sacrifices, les blessures, la pression des compétitions, les victoires et les défaites.

D’autres considèrent que la formation, les connaissances scientifiques et l’expérience professionnelle sont plus importantes que le parcours sportif personnel.

Pour ma part, je considère que cette expérience peut constituer un atout, particulièrement dans le domaine de la préparation mentale. Elle n’est cependant ni indispensable ni suffisante pour être un bon professionnel.

Cet article présente avant tout des réflexions personnelles, nourries par plus de vingt ans d’expérience en psychologie du sport, par ma formation de psychologue clinicien et par mon propre vécu de sportif de compétition. Il ne s’agit pas d’une vérité générale, mais d’un point de vue que je souhaite partager.

La relation de confiance : essentielle en psychologie du sport et en préparation mentale

Qu’il consulte un psychologue du sport ou un préparateur mental, le sportif doit avant tout pouvoir établir une relation de confiance avec le professionnel qui l’accompagne.

Il doit se sentir écouté, compris et respecté. Il doit également avoir confiance dans les compétences de son interlocuteur et dans sa capacité à l’aider.

Cette relation permet progressivement d’exprimer ses difficultés, de définir des objectifs de travail et de s’engager dans un accompagnement.

Lorsqu’un sportif rencontre un nouveau professionnel, il peut parfois se poser plusieurs questions : connaît-il réellement mon sport ? Comprend-il les exigences de la compétition ? Sait-il ce que représente un entraînement intensif, une blessure importante ou un match décisif ?

Avoir soi-même connu la compétition de haut niveau peut, dans certaines situations, rassurer le sportif et faciliter les premiers échanges.

Mais cela ne garantit évidemment pas une bonne relation. La confiance se construit progressivement, grâce à la qualité de l’écoute, à la pertinence des interventions et au sentiment d’être réellement compris.

Un psychologue du sport ou un préparateur mental qui n’a jamais pratiqué le haut niveau peut parfaitement établir une excellente relation de confiance avec les sportifs qu’il accompagne.

Psychologue du sport et préparateur mental : quelles différences ?

Il me semble important de distinguer le travail du psychologue, notamment lorsqu’il est psychologue clinicien, de celui du préparateur mental.

Le psychologue du sport est un psychologue qui intervient dans le contexte sportif. Selon sa formation et ses compétences, il peut accompagner les sportifs dans différentes dimensions de leur fonctionnement psychologique, notamment celles qui concernent la performance et le bien-être.

Lorsqu’il est également psychologue clinicien, il peut prendre en charge des difficultés psychologiques qui dépassent largement le cadre de la performance sportive.

Car un sportif de haut niveau reste avant tout une personne, confrontée à des difficultés parfois très proches de celles que chacun peut rencontrer dans la vie quotidienne.

Les déplacements fréquents, les absences prolongées et les contraintes liées aux entraînements ou aux compétitions peuvent compliquer la vie de couple et la vie familiale. Le conjoint ou la conjointe doit parfois accepter des sacrifices professionnels, des déménagements ou des adaptations importantes dans l’organisation familiale.

Les relations amicales et familiales peuvent également évoluer avec la notoriété ou les revenus du sportif. Certains athlètes connaissent des périodes de solitude ou éprouvent des difficultés à développer une vie sociale en dehors de leur discipline.

A cela peuvent s’ajouter des difficultés psychologiques : anxiété, dépression, périodes de découragement, comportements de consommation problématique ou difficultés liées à une blessure, à une baisse de performance ou à la fin de carrière.

Ces situations nécessitent parfois un véritable accompagnement psychologique clinique.

Le préparateur mental intervient, quant à lui, principalement dans le développement et l’entraînement des aptitudes mentales liées à la pratique sportive : concentration, capacité à se reconcentrer après une erreur, confiance en soi, gestion des émotions, préparation aux compétitions ou encore régulation du niveau d’activation.

Il ne s’agit pas nécessairement de donner au sportif des ressources qu’il ne possède pas. Très souvent, celui-ci dispose déjà de nombreuses compétences mentales. Le travail consiste à l’aider à mieux les identifier, à les développer et surtout à les mobiliser au bon moment.

Ces deux approches peuvent être complémentaires. Un psychologue clinicien formé à la préparation mentale peut d’ailleurs intervenir dans les deux domaines, en adaptant son cadre de travail aux besoins du sportif.

En revanche, lorsqu’un athlète présente une souffrance psychologique nécessitant une prise en charge clinique, un préparateur mental qui n’est pas qualifié pour ce type d’intervention doit pouvoir reconnaître les limites de ses compétences et, si nécessaire, orienter le sportif vers un psychologue clinicien ou un autre professionnel de santé compétent.

Pourquoi l’expérience du haut niveau peut-elle être un atout pour un psychologue du sport ?

Dans le cadre d’un accompagnement clinique, avoir soi-même connu le sport de haut niveau peut faciliter la compréhension de certaines situations.

Un psychologue ayant vécu une blessure importante, une période de découragement ou les sacrifices liés à la compétition peut parfois reconnaître plus spontanément certaines difficultés rencontrées par le sportif.

Cette expérience peut notamment l’aider à comprendre, sans juger trop rapidement, pourquoi un athlète accorde autant d’importance à ses entraînements, souhaite poursuivre malgré la fatigue ou éprouve de grandes difficultés à accepter une période d’arrêt.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille cautionner tous les comportements. Comprendre les exigences du sport de compétition doit aussi permettre d’aider le sportif à préserver sa santé physique et psychologique.

Néanmoins, dans le cadre clinique, les compétences du psychologue restent fondamentales. Un professionnel qui n’a jamais pratiqué le haut niveau peut parfaitement accompagner une dépression, un trouble anxieux, des difficultés familiales ou une période de transition.

Dans le domaine de la préparation mentale, mon expérience m’amène à penser que le vécu personnel de la compétition peut apporter une dimension supplémentaire, car le travail se situe souvent au plus près des sensations, des émotions et des situations concrètes de performance.

Il s’agit toutefois d’un avantage possible, et non d’une condition indispensable. Un préparateur mental qui n’a jamais été sportif de haut niveau peut développer une compréhension très fine de ces situations grâce à sa formation, à l’observation et à son expérience auprès des athlètes.

Préparation mentale du sportif : entraîner ses aptitudes mentales pour mieux performer

La préparation mentale consiste notamment à développer et à entraîner différentes aptitudes psychologiques qui permettent au sportif de mieux répondre aux exigences de sa discipline, aussi bien à l’entraînement qu’en compétition.

Il peut s’agir de travailler la capacité à se concentrer, à retrouver rapidement sa concentration après une erreur ou un moment difficile, à gérer ses émotions en situation de compétition, à développer sa confiance en soi ou encore à adapter son niveau d’activation aux exigences du moment.

Certains sportifs doivent apprendre à se calmer lorsqu’ils ressentent trop de tension, tandis que d’autres ont parfois besoin de s’activer davantage pour être pleinement engagés dans leur performance.

Ces aptitudes mentales peuvent être entraînées, au même titre que les qualités physiques, techniques ou tactiques. La préparation mentale ne se limite donc pas à quelques exercices réalisés avant une compétition importante. Elle s’inscrit idéalement dans un travail régulier, adapté aux besoins du sportif et aux situations qu’il rencontre.

Différentes techniques peuvent être utilisées, notamment la respiration, l’imagerie mentale, les routines de concentration ou encore des exercices permettant de mieux reconnaître et réguler ses émotions.

L’un des objectifs est de permettre au sportif de mobiliser plus facilement ses ressources au moment où il en a besoin.

Cela peut notamment l’aider à retrouver un état physique et psychologique favorable à sa performance : être pleinement concentré, suffisamment activé, sans tension excessive, se sentir libre dans ses mouvements, oser prendre des initiatives et trouver le bon rythme.

Dans certains moments, le sportif peut avoir l’impression de jouer naturellement, sans devoir réfléchir à chacun de ses gestes. Ces sensations peuvent parfois se rapprocher de ce que l’on appelle l’état de flow, même si celui-ci n’est pas indispensable pour être performant.

Mais cet équilibre peut être fragile. Un mauvais début de rencontre, une erreur importante, une décision arbitrale contestée ou une baisse de confiance peuvent rapidement modifier les sensations du sportif.

Le stress peut devenir perturbateur, les mouvements moins fluides et l’attention se déplacer vers le résultat ou les conséquences d’un éventuel échec.

C’est précisément dans ces situations que les aptitudes mentales développées à l’entraînement peuvent être utiles. Le sportif apprend progressivement à reconnaître ce qui se passe, à réguler ses émotions et à se recentrer sur les éléments importants de sa performance.

Avoir soi-même connu les moments de tension d’une compétition, une balle de match décisive, une finale ou un match pour le titre peut apporter une compréhension particulière de ces situations.

Cette expérience personnelle peut enrichir les échanges avec le sportif et faciliter la compréhension de certaines sensations ou réactions.

Mais elle ne garantit pas la qualité de l’accompagnement. Avoir vécu ces situations ne signifie pas automatiquement savoir comment aider quelqu’un d’autre à développer ses aptitudes mentales.

Inversement, un préparateur mental qui n’a jamais pratiqué le sport de haut niveau peut parfaitement acquérir une excellente compréhension de ces mécanismes et proposer un entraînement mental de qualité grâce à sa formation, à ses connaissances et à son expérience professionnelle.

Faut-il bien connaître le sport pratiqué par l’athlète ?

Une autre question me semble intéressante : faut-il bien connaître la discipline sportive dans laquelle évolue l’athlète que l’on accompagne ?

Personnellement, je pense que cette connaissance peut constituer un atout, particulièrement dans le domaine de la préparation mentale. Mais, comme pour l’expérience du haut niveau, elle ne me paraît pas indispensable au départ.

Il existe évidemment des points communs entre les sports, notamment dans la gestion du stress, de la confiance en soi, de la concentration ou des émotions. Mais chaque discipline possède également ses particularités, ses exigences techniques et tactiques, ainsi que ses situations de compétition spécifiques.

Lorsqu’un sportif nous parle d’une difficulté rencontrée à l’entraînement ou en compétition, il me semble important de pouvoir se représenter suffisamment bien la situation qu’il décrit.

Si l’on connaît peu sa discipline, cela demande un travail de découverte et de compréhension. On peut se renseigner sur les règles et les particularités du sport, regarder des vidéos de compétitions, visionner des séquences du sportif lui-même ou encore assister à des entraînements et à des matchs lorsque cela est possible.

Les échanges avec l’athlète sont également essentiels. C’est lui qui peut nous expliquer ce qu’il vit, ce qu’il ressent et les difficultés qu’il rencontre dans des situations précises.

Cette démarche permet progressivement de mieux comprendre son environnement sportif et de proposer un accompagnement plus adapté.

De mon côté, j’ai principalement pratiqué le tennis de table. Lorsque j’ai commencé à accompagner des footballeurs, j’ai dû apprendre à mieux connaître leur discipline.

Au fil de mes collaborations notamment avec le Sporting de Charleroi, pendant sept saisons, et avec l’Union Saint-Gilloise, pendant quatre saisons, j’ai pu observer de nombreux entraînements et matchs, échanger avec les entraîneurs et accompagner de nombreux joueurs. Cela m’a permis de développer progressivement une meilleure compréhension des exigences du football.

Aujourd’hui encore, lorsque j’accompagne un sportif dans une discipline que je connais moins, je prends le temps de me renseigner et de chercher à comprendre les situations qu’il rencontre.

Mais l’inverse mérite également d’être souligné. Très bien connaître un sport ne constitue pas toujours un avantage.

Lorsqu’on a soi-même beaucoup pratiqué une discipline, on peut parfois avoir tendance à interpréter les situations à partir de sa propre expérience, de ses habitudes ou de sa manière de vivre la compétition.

Or, deux sportifs pratiquant exactement le même sport peuvent ressentir des émotions très différentes dans une situation identique.

Il est donc important de conserver une certaine distance et de bien distinguer son propre vécu de celui de l’athlète accompagné.

A mes yeux, l’essentiel n’est pas de connaître parfaitement une discipline dès le départ, mais de chercher à comprendre suffisamment son fonctionnement et ses exigences, tout en restant attentif à la manière dont chaque sportif vit personnellement son sport.

L’expérience personnelle : un atout pour la préparation mentale, mais pas une garantie

Avoir connu le sport de haut niveau peut faciliter certaines formes de compréhension et parfois renforcer la confiance du sportif envers son accompagnant.

Mais il existe aussi un risque : celui de projeter sa propre expérience sur la personne accompagnée.

Deux sportifs peuvent vivre très différemment une même situation. Une finale peut être stimulante pour l’un et particulièrement anxiogène pour l’autre. Une blessure peut provoquer des réactions très différentes selon l’histoire, la personnalité et les ressources de chacun.

Le professionnel doit donc conserver une capacité de recul, rester ouvert et ne jamais considérer son expérience personnelle comme une référence universelle.

C’est précisément pour cette raison que la formation, la réflexion sur sa propre pratique et les compétences relationnelles restent indispensables.

L’expérience sportive peut enrichir le travail, mais elle ne doit jamais prendre la place de l’écoute du sportif.

Faut-il donc avoir été sportif de haut niveau pour être un bon préparateur mental ?

Je ne pense pas qu’il soit indispensable d’avoir été sportif de haut niveau pour être un bon psychologue du sport ou un bon préparateur mental.

De nombreux professionnels qui n’ont pas connu personnellement la compétition de haut niveau accompagnent efficacement des athlètes grâce à leur formation, leurs connaissances, leur expérience professionnelle et leurs qualités humaines.

Pour ma part, mon parcours m’amène simplement à considérer que le vécu personnel du sport de compétition peut constituer une valeur ajoutée, particulièrement dans le domaine de la préparation mentale.

Avoir connu les entraînements intensifs, les sacrifices, les blessures, les victoires, les défaites et les sensations propres à la compétition peut faciliter la compréhension de certaines situations et contribuer à la relation de confiance.

A cela s’ajoute la connaissance du sport pratiqué, qui peut se développer par l’étude de la discipline, l’observation, les échanges avec les sportifs et les entraîneurs, et l’expérience acquise sur le terrain.

Finalement, ce n’est pas le parcours sportif du professionnel, pris isolément, qui détermine la qualité de l’accompagnement. C’est sa capacité à associer ses connaissances, ses compétences professionnelles, son expérience et une véritable compréhension de la personne qu’il accompagne.

Ces réflexions reflètent mon expérience et ma manière d’envisager l’accompagnement des sportifs. D’autres professionnels peuvent naturellement avoir un point de vue différent.

A mes yeux, le vécu du haut niveau peut constituer une ressource supplémentaire, à condition de savoir le mettre au service du sportif, sans jamais lui imposer sa propre expérience.

Manuel Dupuis
Psychologue du sport et coach mental depuis 2003

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